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opinion

  • Le sens des traditions

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    Notre époque obsédée de rupture a perdu le sens de nombre de nos traditions. Mais ce n'est pas parce que nous ne les comprenons plus qu'elles sont devenues obsolètes.

    Par Laurent Dandrieu

    Dissertant, la semaine passée, sur les pas de quelques écrivains britanniques, sur l’intérêt qu’il y a pour les sociétés à ne pas rejeter aveuglément les préjugés, mais au contraire à les révérer comme une forme de savoir issu d’une sagesse immémoriale, nous avions lu sous la plume de Roger Scruton que "ceux qui les partagent ne sont pas nécessairement capables de les expliquer ou de les justifier": raison pour laquelle notre époque rationaliste s’en méfie, comme elle se méfie plus largement des traditions. Car pourquoi suivre une règle dont plus personne ne comprend la cause?

    Or, pour Chesterton (encore un Anglais, Dieu nous pardonne!), que plus personne ne sache la cause d’une tradition est une raison supplémentaire de trembler avant de l’écarter". Prenons le cas d’une barrière ou d’une grille érigée en travers d’un chemin. Le réformateur moderne s’en approchera tout content en disant: “Je n’en vois pas l’utilité, enlevons-la!” Ce à quoi un réformateur plus intelligent ferait bien de répondre: “Si tu n’en vois pas l’utilité, je ne te laisserai certainement pas l’enlever. Va-t’en et réfléchis. Puis quand tu pourras revenir me dire que tu en vois l’utilité, alors, peut-être, je te laisserai la détruire".

    Ce paradoxe repose sur le bon sens le plus élémentaire. La barrière ou la grille n’ont pas poussé là toutes seules. Elles n’y ont pas été mises par des somnambules qui les auraient construites dans leur sommeil. C’est très improbable qu’elles aient été installées par des aliénés, qui pour une raison ou une autre auraient été lâchés dans la rue. Non, une personne avait bien des raisons de penser que ce serait une bonne chose que de la mettre ici. Et jusqu’à ce que nous sachions quelle était cette raison, on ne peut certainement pas juger si elle était, de fait, raisonnable. Si une chose établie par des êtres humains, comme nous-mêmes, nous semble complètement dénuée de sens et pleine de mystères, il est plus que probable que nous avons oublié tout un aspect du problème".

    DEFAIRE EN PENSANT FAIRE

    L’exemple que prend Chesterton d’une barrière en travers d’un chemin prend plus de force encore, près d’un siècle après qu’il l’eut imaginé, alors qu’après avoir éradiqué les haies qui bordaient nos champs sous prétexte de remembrement et de modernisation de l’agriculture, il nous aura fallu des décennies pour redécouvrir, sous l’effet des catastrophes produites par leur suppression, les excellentes raisons pour lesquelles on les avait tout d’abord plantées… On croirait que c’est pour prophétiser cette moderne aberration que Chesterton écrivait: " Les gens ne savent pas ce qu’ils sont en train de faire parce qu’ils ne savent ce qu’ils sont en train de défaire".

    NOTRE EPOQUE SE JUGE INCOMPARABLEMENT SUPERIEURE A TOUTES CELLES QUI L’ONT PRECEDEE.

    C’est tout l’intérêt de la tradition, et partant du préjugé et du lieu commun: n’avoir plus à faire que nos propres erreurs, en étant dispensé de refaire celles de nos prédécesseurs, dont l’expérience nous protège. Et tout le drame de notre modernité: par un "provincialisme du temps" (belle expression de T. S. Eliot), qui fait que notre époque se juge incomparablement supérieure à toutes celles qui l’ont précédée, qu’elle considère avec le mépris teinté de commisération qu’a le dessinateur génial pour le gribouillage d’un bambin maladroit, avoir considéré la tradition et l’expérience comme des vieilleries dépassées, des breloques infantiles facilement remplaçables par notre modernité technicienne.

    LA TRADITION FINIRA PAR PARAITRE ORIGINALE

    Il en va de la tradition comme du préjugé et du lieu commun: c’est par un orgueil mal placé que le plus souvent on les méprise, par désir de passer pour original, ou parce qu’on se croit supérieur parce qu’original. C’est la tragédie d’une époque qui a placé l’originalité au-dessus de la vérité, ou plutôt qui ne croit plus en la vérité, seulement en l’originalité: aller fièrement dans le mur, pour le plaisir de se distinguer.

    Le seul avantage d’une telle absurdité est qu’au bout d’un temps, c’est la tradition qui finira par paraître originale. Laissons le mot de la fin, cette fois, à un Français, Henry de Montherlant: " Il est tellement important de dire quelque chose qui exprime ce qui est réellement qu’il faut respecter les lieux communs, car huit ou neuf fois sur dix, ils expriment la réalité. Il est très bien d’être original, mais à condition d’être original en disant vrai".

  • N’en déplaise aux syndicats enseignants, la France est une terre chrétienne

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    " … Tout commence avec de l’eau… bénite.

    Le 25 décembre 496, jour de Noël, le roi Clovis est baptisé en la cathédrale de Reims. Ce signe de la croix tracé sur le front du monarque marque l’entrée du royaume des Francs dans l’Église catholique. La France est devenue "fille aînée de l’Église". Mais l’expression "France, fille aînée de l’Église" apparaît pour la première fois lors du prêche prononcé le 14 février 1841 par le père dominicain Henri-Dominique Lacordaire à Notre-Dame de Paris…

    Puis c’est Jean-Paul II, en voyage apostolique en France, qui popularisa cette formule, lors d’un discours au Bourget en juin 1980. Il évoqua ce titre de fierté, avant de demander aux fidèles réunis: "France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle à ton baptême?".                                           ("Le Figaro" 14 avril 2022)

    En février 2024, un sondage publié par le "Journal du Dimanche" nous apprenait que, pour 83% des Français, la France était "un pays de culture et de tradition chrétiennes". Ce chiffre, dans un pays qui met la sacro-sainte laïcité à toutes les sauces, était à la fois surprenant et réconfortant. La France est catholique depuis plus de 2000 ans, depuis le baptême de Clovis. Notre pays est parsemé d’églises et de calvaires.

    L’art roman est né en 950 et il a été supplanté par l’art gothique ou ogival au cours du XIIe siècle. L’Église nous a laissé de nombreux chefs-d’œuvre, de pures merveilles, comme Notre-Dame, le Mont-Saint-Michel ou la basilique de Rocamadour, pour ne citer que les plus connus.

    Mais depuis la funeste Révolution, le catholicisme s’est étiolé en France. Aujourd’hui, nos églises sont désespérément vides. L’épiscopat français est majoritairement "progressiste", il penche à gauche. Il est même devenu "muslim friendly".

    Chaque semaine, des calvaires, des statues de la Vierge sont vandalisées, des églises sont saccagées ou incendiées. Tout le monde sait parfaitement qui se cache derrière ces forfaits. Mais l’épiscopat français ne veut pas nommer les coupables. Nos curaillons modernes,  giflés sur la joue droite, tendent la joue gauche en serrant les fesses.

    Alors, comment expliquer que 83% des Français revendiquent leur culture chrétienne?

    Ce n’est certes pas un vote d’adhésion puisque notre pays est fortement déchristianisé (3% des Français se disent catholiques pratiquants). Non, il s’agit, en réalité, d’un vote de protestation, contre les mosquées, contre les prêches haineux de certains imams, contre l’abaya, le voile, etc.

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  • Rappel aux députés et aux sénateurs:

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    la langue de la République est le français

    Monsieur le Président du Sénat,

    Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,

    Mesdames et messieurs les Députés de la Nation,

    Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

    Une révision de notre Loi fondamentale a introduit en 1992, dans l’article 2 de la Constitution de 1958, une disposition régalienne:

    " La langue de la République est le français ".

    Depuis le règne de François 1er et son ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), la langue française a, sous tous nos régimes, puis la Francophonie organisée en 1970-1997 (" sommets " de Niamey à Hanoï), été au premier rang des politiques intérieure et extérieure de la France en matière de langue française et de Francophonie. Notamment en un brillant et efficace élan: de 1958 à 1974.

    Ces deux fondamentaux ont ensuite été, au fil des ans, négligés, oubliés, pour être enfin de plus en plus attaqués et partiellement détruits au cours des huit dernières années.

    Nos 31 associations françaises, créées en défense et promotion, se sont le 18 juin 2020 groupées pour réagir vigoureusement au sein du Haut Conseil international de la Langue française et de la Francophonie (HCILFF, cf. annexes 1 et 2), qui fait appel à vous par la présente lettre.

    Le Haut Conseil international, succédant en cela à Avenir de la Langue française, vous a d’abord, en 2023 et 2024, face à la désolante carence du pouvoir exécutif, proposé d’assumer le rôle de pouvoir législatif du Parlement dans deux domaines:

        Constituer – ce qui manque cruellement au Sénat comme à l’Assemblée nationale – deux groupes d’études en interaction qui formeraient en fait un " Réseau transpartisan de parlementaires français pour la Langue française et la Francophonie ";

        Transformer en proposition de loi notre esquisse de nouvelle loi Toubon très renforcée, à l’image de la loi 96 que les Québécois ont votée dès 2022.

    Cette esquisse, mise en bonne forme juridique par M. Olivier Gohin, professeur de droit public et constitutionnel à Paris-Assas, membre d’ALF et du Haut Conseil, a été envoyée en 2024 à de nombreux sénateurs et députés. Je la remets en annexe 6.

    Au niveau du pouvoir exécutif, après diverses lettres, discrètes puis ouvertes, au président de la République et à son gouvernement, notre principale réaction fut la lettre ouverte du 2 septembre 2024 rassemblant les actes très graves accomplis passivement et activement par M. Emmanuel Macron contre le statut et l’emploi de notre langue nationale, pourtant ancrés dans la Constitution et nos lois.

    Voyez (annexes 3, 4) la lettre ouverte et la liste des signataires officiels.

    Dans ces domaines culturels trop méconnus, y compris par une classe politique de plus en plus éloignée de la haute culture et du français, nous avons été parmi les premiers à évoquer par écrit un changement de président de la République, malgré notre grand respect des institutions.