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société

  • Allo macron?

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    Apologie du terrorisme, antisémitisme: pourquoi la justice traîne face aux élus LFI

    Les mois et les années passent, les alertes s’accumulent, mais la justice reste muette.

    Voici ce que j’écrivais en août 2025: "Depuis l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, les signalements visant certains élus La France insoumise se multiplient: apologie du terrorisme, propos antisémites, proximité idéologique avec des organisations classées comme terroristes. Et en ce mois d’août 2025, le constat reste le même qu’au printemps: l’immobilisme ".

    Nous sommes fin janvier 2026.

    Muriel Ouaknine-Melki, présidente de l’Organisation juive européenne (OJE), et Gilles-William Goldnadel, président d’Avocats sans frontières, ont dénoncé une inertie judiciaire inquiétante: "C’est en cours", répondent les deux avocats lorsqu’on les interroge sur les plaintes déposées par l’OJE contre Rima Hassan et Thomas Portes, ou celles d’Avocats sans frontières visant David Guiraud et Ersilia Soudais. Traduction: rien n’a avancé.

    "Nous n’avons aucune nouvelle du parquet de Paris", déplorait Me Goldnadel, qui juge cette absence de réponse d’autant plus préoccupante qu’elle intervenait dans un climat de recrudescence des actes antisémites.

    Muriel Ouaknine-Melki évoquait un double effet pervers: une défiance croissante envers l’institution judiciaire et un soupçon de partialité.

    "Quand on voit la rapidité avec laquelle d’autres dossiers sont instruits ou classés, cette inaction prolongée pose question", expliquait Goldnadel. Et de dénoncer un possible " 

    traitement à deux vitesses" lorsqu’il s’agit d’élus Insoumis.

    Ce Sentiment D’impunité Est Alimenté Par L’opacité Ambiante

    En août 2025, il était impossible de connaître le nombre exact de procédures ouvertes contre les députés LFI, ni leur état d’avancement.

    Un flou que le garde des Sceaux disait vouloir dissiper. Gérald Darmanin avait demandé un recensement complet des signalements, enquêtes et décisions visant des élus mis en cause pour apologie du terrorisme ou propos antisémites. Un état des lieux exhaustif qui devrait être finalisé d’ici à la rentrée.

    Nous sommes en 2026, aucune publication officielle de ce genre n’a été rendue accessible dans les sources grand public. Il n’existe pas de document officiel rendu public qui liste ces signalements et l’état d’avancement des procédures. On n’a pas d’annonce claire de la publication d’un tel état des lieux, ni de synthèse publique diffusée par le ministère de la Justice.

    Cette opération transparence n’a pas eu lieu. Aurait-elle suffi à relancer des procédures au point mort?

    Clairvoyant, Goldnadel fit cette mise en garde: "Les désirs de Gérald Darmanin ne se traduisent pas toujours en ordres exécutés". Il avait raison.

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  • La fabrique de la barbarie

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    La civilisation n'est pas chose innée. Refuser de la transmettre, c'est transformer la société en une machine à produire des sauvages.

    Par Laurent Dandrieu

    Ayant choqué son monde politico-médiatique en utilisant le mot “barbares” pour qualifier les émeutiers qui ont saccagé, et parfois même tué, pour “célébrer” la victoire du PSG, le ministre de l’Intérieur a récidivé à propos de l’assassinat d’une surveillante scolaire par un collégien dont il s’avère qu’il est incapable de témoigner la moindre empathie pour une victime choisie au hasard ni la moindre conscience de la gravité de son acte. Comme c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures indignations factices, l’extrême gauche avait dénoncé une obsession “raciste”. Le drame de Nogent a permis à Bruno Retailleau de préciser sa pensée: c’est bel et bien une "société du laxisme" qui a entraîné une " fabrique de barbares ".

    L’une des conséquences les plus effroyables de la décivilisation en cours est que nous ne savons plus qui nous sommes. Et que, ne sachant plus ce qu’est une civilisation, nous ne savons plus la protéger. Nous avons cru, oubliant la leçon des totalitarismes, que la civilisation était un acquis. L’ensauvagement de la France nous réapprend, à nos dépens, que c’est une construction fragile.

    "Celui qui articule mal"

    Quand les Grecs inventèrent le concept de “barbares”, ce n’était pas, comme on dirait aujourd’hui, pour “stigmatiser les étrangers”, mais pour désigner ceux qui étaient étrangers à leur civilisation; et plus encore pour désigner ceux qui étaient étrangers à la civilisation même. Car, avant de parler de “barbare”, les Grecs parlaient de “barbarophone”: c’est-à-dire, nous rappelle Jean-François Mattéi dans la Barbarie intérieure, "celui qui articule mal".

     

     

    Le barbare est celui qui n’est pas assez civilisé pour maîtriser un logos et s’exprime par grognements plutôt que par arguments. Par extension, c’est celui qui ne saura s’exprimer que par la violence, par la destruction, sans même pouvoir en donner les raisons, sans même les connaître. À l’évidence, nous y sommes.

    NOUS SOMMES TOUS DES BARBARES EN PUISSANCE

    Mais puisque le barbare est l’inverse du civilisé, nous sommes tous des barbares en puissance, comme nous le rappelait l’histoire de Victor, ce sauvageon trouvé au XIXe siècle dans les forêts de l’Aveyron, qui, faute de socialisation, était resté à l’état sauvage. Socrate, déjà, disait que seule la dialectique, c’est-à-dire l’usage de la raison, permet à l’homme de s’extraire de son " bourbier barbare " et d’accéder à la lumière du bien.

    Chaque génération a besoin d’être civilisée par l’éducation et la culture, sous la houlette des générations précédentes.

    Simone Weil, elle, voyait la barbarie comme " un caractère permanent et universel de la nature humaine qui se développe plus ou moins selon que les circonstances lui donnent plus ou moins de jeu ". D’où que chaque génération ait besoin d’être civilisée par l’éducation et la culture, sous la houlette des générations précédentes.

    L’APPRENTISSAGE DU NIHILISME

    C’est précisément ce que nous ne faisons plus. Nous scolarisons chaque année des centaines de milliers d’enfants issus de l’immigration, arrachés à leur culture d’origine, à qui nous refusons, amalgamant l’assimilation à un processus d’exclusion, d’offrir la nôtre. À nos propres enfants, nous ne la transmettons pas davantage, tant par la faillite de notre système scolaire que par cette auto-culpabilisation qui nous fait regarder notre propre civilisation comme responsable de tous les maux de la planète.

    OUI, LA CIVILISATION EST UNE CONQUETE DE TOUS LES JOURS.

    Pour toute morale, nous offrons à nos enfants le tri sélectif des ordures et le refus de trier entre les valeurs. Nous les avons privés de tout repère, famille, morale, culture, jusqu’à la stabilité de la société que nous avons sacrifiée au culte du tourbillon de la nouveauté, et nous nous étonnons qu’ils ne comprennent pas même le sens du mot “transgression”. Nous nous sommes résignés à ce qu’ils délaissent cette école d’empathie qu’est la lecture et avons sacralisé comme “culture jeune” ces jeux vidéo qui sont souvent l’apprentissage du nihilisme. Au nom de la modernité, nous les avons abandonnés à l’esclavage des réseaux sociaux.

    Si, heureusement, seule une minorité bascule dans la violence, nous avons bien transformé notre société en une fabrique de la barbarie, et il est aussi imbécile de s’étonner des conséquences que de prétendre les endiguer par une seule politique sécuritaire qui ignorerait le combat civilisationnel. Oui, la civilisation est une conquête de tous les jours. Et les politiques qui ne s’en avisent pas ne sont que des pantins criminels.

  • La culture générale n’est pas un luxe

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    C'est elle qui inscrit l'homme dans une communauté, dans le temps comme dans l'espace.

    La récente présentation par le commissaire au Plan, Clément Beaune, de deux notes à la ministre de l’Éducation nationale, avait quelque chose d’ahurissant. Non par ses constats sur la chute du niveau scolaire, qui n’ont surpris personne; mais par l’une de ses conclusions: "À ce stade, la baisse du niveau depuis une trentaine d’années ne s’est pas traduite par une baisse de compétence des adultes".

    Où l’on voit que l’ancien ministre n’a jamais mis les pieds dans une entreprise et qu’il n’a pas assez fréquenté les bancs des députés: dans l’un et l’autre cas, il aurait eu tout loisir de constater à quel point cet effondrement scolaire a “ruisselé” sur les adultes, notamment par une maîtrise de plus en plus aléatoire du français et une dégringolade de la culture générale – le contraire, au demeurant, aurait tenu du miracle.

    UN GACHIS SOCIAL

    Si le gâchis social que constitue cet affaissement des compétences est évident, on s’attardera en revanche sur le cas de la culture générale, tant celle-ci reste pour certains une cerise sur le gâteau sans laquelle on vivrait tout aussi bien – quand elle n’est pas décrite, notamment par nos amis wokistes, comme un luxe bourgeois, pur instrument de discrimination sociale. Que cette idée soit si répandue est une preuve en soi de la faillite du système scolaire, qui non seulement ne parvient plus à transmettre les humanités mais a échoué même à en faire voir l’absolue nécessité.

    Que ce beau terme d’humanités, qui disait tout, soit tombé en désuétude, résume bien la crise que nous traversons. Il faut redire ici la splendide formule de Jean-Paul II: " L’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture". Car si l’homme est un animal social, comme on le sait depuis Aristote, c’est bien la culture qui avant tout le relie aux autres et lui permet de développer cette “vie vraiment humaine” sans laquelle il ne serait pas grand-chose de plus qu’un tube digestif pensant, ce "gros animal" dont parlait Platon, tout entier soumis à ses appétits terrestres.

    L’HOMME DE CULTURE N’EST JAMAIS SEUL

    La culture, c’est ce qui nous relie aux autres, ce qui nous permet d’accomplir notre nature d’animal social, dans l’espace et dans le temps. Dans le temps, car la culture est ce lien entre les générations qui nous permet de dépasser la furtivité de notre passage terrestre pour nous inscrire dans l’histoire. L’homme de culture n’est jamais seul; une foule d’ombres mortes l’accompagne, qui sont pour lui bien vivantes, une foule d’êtres encore à venir l’attend.

    Pas de sens de la communauté possible sans ce ciment qui crée un sentiment d’appartenance par tout un réseau de références communes.

    Par ce " colloque avec les morts " qu’est la culture, selon la belle expression de Michel De Jaeghere, nous pouvons dialoguer avec Montaigne et Chateaubriand comme s’ils étaient des amis proches: ils sont des amis proches, qui nourrissent nos rêves, nos réflexions, nous poussent dans nos retranchements et nous entraînent au-delà de nous-mêmes. Avec eux, grâce à eux, nous entretenons cette flamme qui se transmet de génération en génération et préparons à ceux qui viendront après nous un trésor inestimable; et c’est juchés sur nos épaules, comme disait Bernard de Chartres, qu’ils pourront porter leur regard plus loin que nous n’avons pu le faire.

    UN LIEN AVEC NOS CONTEMPORAINS

    Dans l’espace: car la culture, c’est aussi ce qui nous relie à nos contemporains. Pas de sens de la communauté possible sans ce ciment qui crée un sentiment d’appartenance par tout un réseau de références communes, de prédilections partagées, par un vaste substrat de goûts et de sensibilités communs forgés par des siècles de culture partagée. Ce rôle fédérateur est bien incarné par l’Odyssée d’Homère, dont Victor Bérard a pu dire qu’elle était " pour les Grecs de l’époque classique […] le livre national par excellence, une sorte de Bible " – les Fables de La Fontaine ont longtemps joué le même rôle en France.

    On trouvera chez Jane Austen, dans Mansfield Park, un dialogue où deux personnages constatent que chacun de leurs compatriotes " apprend à connaître Shakespeare sans bien savoir comment. Il fait partie du tempérament de tout Anglais ", jusqu’à forger une sorte de langage commun. C’est le splendide paradoxe de la culture: c’est par le biais de ces témoins surgis du passé que, sachant qui nous sommes, nous pouvons entrer dans une relation véritable et profonde avec nos contemporains.

    Par Laurent Dandrieu