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MANDARINE

  • La fascination de Mélenchon pour Robespierre

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     et le culte de l’Être suprême

    8 juin 1794, 20 Prairial, jour de la Pentecôte. On célèbre à Paris la première fête dédiée à l’Être suprême. Robespierre, alors au comble de la popularité, et qui vient d’être élu président de la Convention, inaugure lui-même le nouveau culte et tient le principal rôle.

    Le programme de la fête a été dressé par le grand prêtre David. Tandis que les chœurs entonnent l’hymne de circonstance " Père de l’univers, suprême intelligence ", Robespierre met de sa main le feu à une statue de l’Athéisme. Puis il prend la tête de la Convention et d’une immense procession laïque, chaque membre portant un bouquet de fleurs et d’épis. Le cortège s’achemine des Tuileries au Champ de Mars, sous un ciel radieux, dans le bruit des musiques et des tambours.

    Au Champ de Mars, sur l’emplacement de l’Autel de la Patrie de 1790, s’élève une montagne artificielle, agrémentée de rochers et d’arbres et surmontée d’un arbre de la liberté. À côté, une colonne d’où les trompettes scandent les principaux épisodes de la cérémonie.

    Les Conventionnels, Robespierre en tête, gravissent les premières pentes de la montagne. Ils portent le chapeau rond officiel décoré d’un grand panache tricolore et tiennent à la main une branche de chêne.

    Sur la montagne, différents chœurs de vieillards, d’adolescents, de mères de famille, de jeunes filles exécutent l’hymne à l’Etre suprême " Père de l’univers, suprême intelligence ", composé par Desorgues et mis en musique par Gossec.

    À gauche, au premier plan, un char drapé de rouge, traîné par huit bœufs, qui a figuré dans le cortège, arbore triomphalement "les objets nécessaires à la nourriture du corps et de l’esprit": une charrue et une presse d’imprimerie. A côté du char, une Liberté ombragée par un chêne indique "que les arts ne fleurissent que sous son, empire".

    À droite, des citoyens et des citoyennes avec des bouquets assistent à la scène.

    L’impression est profonde. Robespierre apparaît comme le souverain pontife de la religion républicaine qui doit rallier tous les Français. Un contre-révolutionnaire observe:

    "On crut véritablement que Robespierre allait fermer l’abîme de la Révolution" et mettre fin à la Terreur. Mais le surlendemain, Couthon fait voter la loi du 22 Prairial, la pire des lois terroristes.

    Robespierre n’est pas reconnu franc-maçon. Toutefois, le culte de l’Etre suprême est semblable au culte du Grand Architecte de l’Univers. Tout indique que Robespierre est initié, il a tout d’un Rose-Croix. Il n’y a pas de document pour aucun Rose-Croix, mais Robespierre est membre des " Rosati " d’Arras, dont les symboles sont Rose-Croix. Le Comité de Salut Public continue la guerre anticatholique des Rose-Croix.

    Les maçons sont en principe déistes, mais certains deviennent athées, dérive inéluctable du naturalisme des Constitutions d’Anderson. Robespierre veut rappeler le principe déiste aux athées.

    Par son origine kabbalistique, par son naturalisme, par son déisme, le culte de l’Etre suprême est maçonnique. Robespierre le promeut contre l’athéisme, agit comme un maçon "régulier ". En effet, dans les Constitutions d’Anderson, il est écrit qu’un maçon ne devrait pas être un "athée stupide ".

    La "guerre sainte" de Robespierre, l’Incorruptible, contre les suspects de catholicisme, démontre que l’Etre suprême combat le Dieu chrétien, et non l’athéisme, non la Déesse Raison.

    Jean de Viguerie, historien français (1935-2019), note: À la fête de l’Etre suprême, après avoir invoqué " le Père de l’univers ", "l’Incorruptible met le feu à la statue de carton représentant l’Athéisme et contenant une statue de plâtre de la Sagesse. L’Athéisme brûle et la Sagesse apparaît barbouillée de suie". La Sagesse n’est qu’obscurcie par le feu.

    Le "Père de l’univers" est l’Adversaire du Dieu chrétien. Robespierre veut réintégrer la Déesse Raison au Grand Tout démocratique de Rousseau en la soumettant à l’Etre suprême. Robespierre veut donc réconcilier les deux voies philosophiques, l’une " rationaliste ", l’autre irrationnelle, qui transitent par l’Islam et aboutissent à la philosophie moderne, comme avant lui le kabbaliste Maïmonide, puis Descartes, Leibnitz, Diderot et l’Encyclopédie maçonnique.

    Sylvain Durain, philosophe français, né en 1983, écrit: " La Raison seule ne pouvait plus guider le peuple, il se mettra ainsi en place le culte de l’Etre suprême ".

    C’est ce que fait Robespierre, émule de Rousseau, ennemi de la Raison et complice des Lumières, imposteur du cœur, la voie irrationnelle des Lumières. À l’égal de Voltaire, imposteur de la Raison, ancêtre des Droits de l’Homme édictés au nom de l’Etre suprême.

    L’Etre suprême est le Dieu des philosophes, le Grand Architecte maçonnique, le Diable déguisé en Dieu. L’Etre suprême fait croire à un retour du divin alors qu’il est le Diable. Son culte est une singerie du christianisme.

    Robespierre s’auto proclame " Pontife de l’Etre suprême ", en quelque sorte "pape" du Diable. Lefèvre d’étapes, théologien et humaniste français (1450-1536), avait été le "pape" des Mages de Meaux. Fénelon, Rousseau, Robespierre s’inscrivent dans la suite.

    Le Vicaire savoyard de Rousseau ressemble au  Vieux de la Montagne" des sectes musulmanes. Le Vicaire savoyard est "œcuménique" comme un Rose-Croix, c’est-à-dire excluant le catholicisme et incluant l’Islam. Le faux vicaire ressemble à "" un Vieux de la Montagne" ". Il est un calviniste qui serait le chef d’une nouvelle secte des Assassins.

    En effet, le " Vieux de la Montagne " se dit tolérant envers tous les cultes et invite chacun à garder sa religion particulière, mais en pratiquant une morale universelle naturaliste, ce qui exclut le catholicisme. C’est le diktat rosicrucien. C’est ce que veulent les Constitutions d’Anderson. C’est ce que répètent à l’envi les littérateurs-philosophes initiés de l’Encyclopédie.

    L’Etre suprême de Robespierre doit beaucoup à l’En Sof de la Kabbale. Il a beaucoup de l’Etre suprême des philosophes judéo-musulmans. Au IXe siècle, Al Kindi, mort vers 860, identifie Dieu et " l’Etre en soi ", " l’En Sof " en langage ésotérique. Al Kindi définit " l’En-soi " comme une cause première. Le Dieu cause est un démiurge qui crée par une nécessité interne au Cosmos. Conséquence. L’homme prétend connaître tout l’Etre de Dieu à partir du Cosmos.

    L’Etre suprême a transité par l’Islam. Robespierre ressemble à "un Vieux de la Montagne", comme celui du temps de la secte des Assassins. Des Musulmans qui ont égorgé les chrétiens d’Orient par millions. Leur nom vient de Haschich, la drogue qu’ils prenaient pour commettre leurs crimes. Aujourd’hui, le Haschich est en vente dans des banlieues occupées par de nombreux Musulmans. Soit c’est un hasard. Soit c’est pour qu’un jour, ils servent de main-d’œuvre à l’achèvement de la Révolution. Cela a été programmé par Marcuse.

    Il y a un ésotérisme de la Montagne, connu des Musulmans, connu de Rousseau. Robespierre, héritier du Vicaire savoyard, est le "Vieux de la Montagne" de la Révolution maçonnique.

    La Montagne révolutionnaire est l’extrême gauche de l’époque, déjà haineusement anti-chrétienne. Mélenchon représente l’extrême gauche d’aujourd’hui. Que de ressemblances!

    Robespierre, vrai démon, met à exécution les principes diaboliques de la philosophie des Lumières.

    Jean de Viguerie décrit la fête. Lors de la fête de l’Etre suprême, "au Champ de Mars, se dresse l’habituelle Montagne. La Convention l’escalade. Robespierre se tient au point culminant".

    Du haut de la Montagne sacrée, Robespierre fait un discours censé être une " prière " à l’Etre suprême". Père de l’univers, suprême intelligence … Ton peuple est sur les monts – la montagne – dans les airs – où sont les démons – … tu remplis tous les mondes – les sphères cosmiques – …

    Tout émane de toi, grande et première cause ".

    De l’Etre suprême émane tout. Dieu et l’univers sont confondus. Tout découle de l’Un, du Grand Tout, comme dans la gnose, comme dans la philosophie arabe, comme dans la Kabbale. La conception d’un Etre Un s’accompagne d’un culte du Cosmos, et a pour conséquence le spiritualisme, la croyance en un Esprit cosmique, et le matérialisme.

    Toi qui "fis jaillir dans les airs l’astre éclatant du jour" est une allusion au Soleil égyptien des héliocentriques, Giordano Bruno, Galilée …

    Robespierre reprend l’ésotérisme judéo-égyptien, comme un gnostique, comme un kabbaliste, comme un Rose-Croix. Il a tout d’un Rose-Croix. La première règle des Rose-Croix est de se dissimuler. Diderot, Rousseau, certains illuminés n’étaient pas officiellement Rose-Croix, mais tout laisse à penser qu’ils l’étaient. En tout cas, ils agissent comme des Rose-Croix en persécutant les catholiques en France, et aussi en exportant la Révolution des illuminés.

    Au nom de l’Etre suprême, Robespierre continue le combat politico-religieux de ses prédécesseurs Rose-Croix et francs-maçons. Il est le bras armé de la Terreur maçonnique en France. Il sacrifie et immole des milliers d’innocents. Il appelle à renouveler le meurtre fondateur de la Terreur maçonnique dans toute l’Europe. Il revendique le sacrifice du roi. Il en prend exemple pour l’appliquer à tous les rois catholiques et orthodoxes d’Europe. Ainsi, le " Djihad " va s’étendre au-delà de la France. Calvin l’avait fait. Les Rose-Croix du XVIIe siècle l’avaient fait lors de la guerre de Trente Ans (1618-1648).

    La Terreur maçonnique va s’exporter par la guerre. Robespierre reprend le langage inversé pour justifier cette Terreur. Du haut de la Montagne sacrée, il crie: " De la haine des rois anime la patrie". Haine du Roi parce que la monarchie est catholique. Les nouveaux "patriotes" haïssent le "Père" de la patrie.

    La patrie de nos pères était sacrée, car unie par le Roi chrétien. C’était un patriarcat. Sylvain Durain évoque " la volonté des révolutionnaires de singer une forme de patriarcat avec " le Père de l’univers " qui est une injonction gnostique se rapportant au "Grand Architecte de l’univers". Le peuple, surtout en France et après la mort du roi, est en demande d’une figure paternelle forte pour faire corps avec lui ". Le peuple se jette dans les bras du Diable.

    " Robespierre, imprégné des Lumières et de sa philosophie, va donc proposer un culte déiste, basé sur la Nature et la Raison".

    Son Etre suprême réintègre la Raison des illuminés de Bavière, celle des athées. Robespierre prépare à l’athéisme. Quand il brûle la statue de l’Athéisme, on découvre derrière elle la statue de la Sagesse. La Sagesse de Robespierre résiste au feu parce qu’elle vient du feu. C’est la Sagesse de la théosophie Rose-Croix.

    Robespierre veut " remettre un dieu sacrificiel au sein de la nation ". C’est la nation révolutionnaire. Il y a deux nations, la nation traditionnelle et la nation révolutionnaire. Il y a deux patries, la patrie des pères et la patrie révolutionnaire.

    La nation révolutionnaire et la patrie révolutionnaire font table rase de la France traditionnelle, elles font couler le sang du peuple français, elles sont antifrançaises. La plus grande victime de la Révolution est le peuple français, persécuté en France, envoyé à la guerre par la République.

    Les masses vont aller à la boucherie des guerres modernes, "au nom de la patrie", en réalité pour détruire la patrie, la France de nos pères. Ces guerres s’incluent dans la logique sacrificielle.

    Les forces occultes veulent diriger le monde entier, ce qui va provoquer guerre sur guerre, et de nos jours avec le mondialisme. C’est la guerre moderne… qui a commencé avec la Renaissance et l’Humanisme.

    Les forces occultes diaboliques, les loges maçonniques, les sectes d’illuminés, les adeptes de Mammon, organisent un complot. Car la guerre permet de construire des fortunes.

    La Révolution maçonnique se poursuit. Son instrument est toujours la République. La Terreur maçonnique reste d’actualité. Macron, obsédé par la guerre, par le sacrifice humain, vise la destruction de la nation française, de la patrie française.

    La fascination de Mélenchon, franc-maçon du Grand Orient, pour Robespierre s’explique: haine viscérale du catholicisme, attrait pour l’Islam, maillon de la chaîne qui conduit au rosicrucisme et à la Franc-Maçonnerie. Tous deux initiés soutiennent la même fausse nation et la même fausse patrie.

     

    Jean Saunier

  • Sous Macron la corruption progresse

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    Le constat est catastrophique. L’édition 2025 de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International, publiée le 10 février 20261, confirme et aggrave les alertes lancées par l’ONG un an plus tôt. Avec 66/100, la France perd un point par rapport à 2024 et chute à la 27e place mondiale. C’est notre pire résultat depuis la création de l’indice en 1995 et depuis la refonte de sa méthodologie en 2012 .

    LE CONSTAT: LA DEGRADATION DU CLASSEMENT DE LA FRANCE

    Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, la France s’enfonce dans le classement de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International.

    En 2017, elle occupait encore la 21e place mondiale avec un score de 72/100.

    Huit ans plus tard, en 2025, elle dégringole à la 27e place (66/100), son pire résultat depuis la création de l’indice.

    COMPARAISON EUROPÉENNE:

        Suède (80/100, 4e place): malgré un léger recul, elle reste dans le peloton de tête grâce à une transparence institutionnelle exemplaire.

        Royaume-Uni (77/100, 20e place): stable grâce à des institutions anticorruption robustes.

        Allemagne (75/100, 10e place): en légère progression, avec un système judiciaire indépendant et des contrôles stricts sur le lobbying.

    Cette tendance linéaire à la baisse n’est pas une fatalité: elle est le résultat d’un choix politique. Celui d’un exécutif qui, sous couvert de modernisation, a démantelé les garde-fous et ouvert grand les portes du pouvoir aux milieux d’affaires.

    Macron et les affaires: une symbiose dangereuse

    LE LOBBYING, NOUVELLE GANGRÈNE DE LA REPUBLIQUE

        L’affaire McKinsey (2022) a révélé l’ampleur des contrats opaques entre l’État et les cabinets privés: plus d’1 milliard d’euros dépensés entre 2010 et 2022, sans appel d’offres transparent.

        Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, mis en examen pour conflit d’intérêts en raison de ses liens avec le géant maritime MSC, incarne cette porosité entre public et privé.

        L’affaire Nestlé Waters (2024), où des fraudes à la consommation ont été couvertes par l’État après des rencontres opaques entre dirigeants de l’entreprise et cabinets ministériels.

        Les ventes d’actifs d’entreprises stratégiques à des investisseurs anglo-saxonnes.

    Dans la plupart des pays développés de tels agissements auraient donné lieu à des enquêtes rapides, des sanctions et des démissions.

    LES REFORMES ECONOMIQUES: DES CADEAUX AUX ULTRA-RICHES

        La suppression de l’ISF (2018) a été perçue comme un cadeau fiscal aux milieux d’affaires, sans contrepartie en matière de transparence.

        Le projet de réforme des retraites (2023) a été émaillé de soupçons de lobbying intensif des grands groupes (Medef, assureurs, fonds de pensions anglo-saxons). En Suède, les réformes sociales sont négociées en transparence avec les partenaires sociaux, pas dans l’opacité.

    Des institutions de contrôle asphyxiées

    Le Parquet National Financier (PNF): un service minimum

        En 2025, chaque binôme de magistrats du PNF doit traiter un nombre bien plus important de dossiers que par exemple en Allemagne.

    LA HATVP: UNE COQUILLE VIDE

        Sur 13.000 déclarations de patrimoine déposées par les élus et hauts fonctionnaires, la Haute Autorité n’en a vérifié que moins de la moitié en 2025. Au Danemark, 100% des déclarations sont contrôlées.

        Conséquence: Les conflits d’intérêts, comme ceux d’Alexis Kohler, restent impunis. En Finlande, un tel manque de contrôle aurait entraîné une motion de censure.

    LE CONTRÔLE DES CONTRE- POUVOIRS

    Le régime Macron via les grands médias contrôlés par les milliardaires qui le soutiennent et la censure des réseaux sociaux limite la circulation de l’information. Il utilise la justice pour poursuivre ses adversaires politiques.

    Mais ce n’est pas la fréquence des affaires qui est la plus grave. C’est l’absence totale de leçons tirées. Le rapport 2024 avait déjà sévèrement épinglé l’abandon de la jurisprudence Balladur, qui imposait la démission des ministres mis en examen. Cette jurisprudence, certes coutumière et non écrite, constituait un rempart déontologique majeur. En l’enterrant sans débat, l’exécutif a envoyé un signal désastreux.

     

    Jean Lamolie

     

    Rapport consultable à l’adresse suivante:

    https://transparency-france.org/wp-content/uploads/2026/02/Indice-de-perception-de-la-corruption-2025_Transparency-International.pdf

     

     

  • Le sens des traditions

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    Notre époque obsédée de rupture a perdu le sens de nombre de nos traditions. Mais ce n'est pas parce que nous ne les comprenons plus qu'elles sont devenues obsolètes.

    Par Laurent Dandrieu

    Dissertant, la semaine passée, sur les pas de quelques écrivains britanniques, sur l’intérêt qu’il y a pour les sociétés à ne pas rejeter aveuglément les préjugés, mais au contraire à les révérer comme une forme de savoir issu d’une sagesse immémoriale, nous avions lu sous la plume de Roger Scruton que "ceux qui les partagent ne sont pas nécessairement capables de les expliquer ou de les justifier": raison pour laquelle notre époque rationaliste s’en méfie, comme elle se méfie plus largement des traditions. Car pourquoi suivre une règle dont plus personne ne comprend la cause?

    Or, pour Chesterton (encore un Anglais, Dieu nous pardonne!), que plus personne ne sache la cause d’une tradition est une raison supplémentaire de trembler avant de l’écarter". Prenons le cas d’une barrière ou d’une grille érigée en travers d’un chemin. Le réformateur moderne s’en approchera tout content en disant: “Je n’en vois pas l’utilité, enlevons-la!” Ce à quoi un réformateur plus intelligent ferait bien de répondre: “Si tu n’en vois pas l’utilité, je ne te laisserai certainement pas l’enlever. Va-t’en et réfléchis. Puis quand tu pourras revenir me dire que tu en vois l’utilité, alors, peut-être, je te laisserai la détruire".

    Ce paradoxe repose sur le bon sens le plus élémentaire. La barrière ou la grille n’ont pas poussé là toutes seules. Elles n’y ont pas été mises par des somnambules qui les auraient construites dans leur sommeil. C’est très improbable qu’elles aient été installées par des aliénés, qui pour une raison ou une autre auraient été lâchés dans la rue. Non, une personne avait bien des raisons de penser que ce serait une bonne chose que de la mettre ici. Et jusqu’à ce que nous sachions quelle était cette raison, on ne peut certainement pas juger si elle était, de fait, raisonnable. Si une chose établie par des êtres humains, comme nous-mêmes, nous semble complètement dénuée de sens et pleine de mystères, il est plus que probable que nous avons oublié tout un aspect du problème".

    DEFAIRE EN PENSANT FAIRE

    L’exemple que prend Chesterton d’une barrière en travers d’un chemin prend plus de force encore, près d’un siècle après qu’il l’eut imaginé, alors qu’après avoir éradiqué les haies qui bordaient nos champs sous prétexte de remembrement et de modernisation de l’agriculture, il nous aura fallu des décennies pour redécouvrir, sous l’effet des catastrophes produites par leur suppression, les excellentes raisons pour lesquelles on les avait tout d’abord plantées… On croirait que c’est pour prophétiser cette moderne aberration que Chesterton écrivait: " Les gens ne savent pas ce qu’ils sont en train de faire parce qu’ils ne savent ce qu’ils sont en train de défaire".

    NOTRE EPOQUE SE JUGE INCOMPARABLEMENT SUPERIEURE A TOUTES CELLES QUI L’ONT PRECEDEE.

    C’est tout l’intérêt de la tradition, et partant du préjugé et du lieu commun: n’avoir plus à faire que nos propres erreurs, en étant dispensé de refaire celles de nos prédécesseurs, dont l’expérience nous protège. Et tout le drame de notre modernité: par un "provincialisme du temps" (belle expression de T. S. Eliot), qui fait que notre époque se juge incomparablement supérieure à toutes celles qui l’ont précédée, qu’elle considère avec le mépris teinté de commisération qu’a le dessinateur génial pour le gribouillage d’un bambin maladroit, avoir considéré la tradition et l’expérience comme des vieilleries dépassées, des breloques infantiles facilement remplaçables par notre modernité technicienne.

    LA TRADITION FINIRA PAR PARAITRE ORIGINALE

    Il en va de la tradition comme du préjugé et du lieu commun: c’est par un orgueil mal placé que le plus souvent on les méprise, par désir de passer pour original, ou parce qu’on se croit supérieur parce qu’original. C’est la tragédie d’une époque qui a placé l’originalité au-dessus de la vérité, ou plutôt qui ne croit plus en la vérité, seulement en l’originalité: aller fièrement dans le mur, pour le plaisir de se distinguer.

    Le seul avantage d’une telle absurdité est qu’au bout d’un temps, c’est la tradition qui finira par paraître originale. Laissons le mot de la fin, cette fois, à un Français, Henry de Montherlant: " Il est tellement important de dire quelque chose qui exprime ce qui est réellement qu’il faut respecter les lieux communs, car huit ou neuf fois sur dix, ils expriment la réalité. Il est très bien d’être original, mais à condition d’être original en disant vrai".