Le Gulf Stream sent le réchauffé (09/03/2025)

Sur son mode catastrophiste habituel, Sciences et Avenir fait sa une sur le climat en prophétisant l’arrêt du Gulf Stream. Une telle annonce est à l’opposé de ce qu’enseigne la littérature scientifique la plus récente, comme nous l’explique Benoît Rittaud, président de l’Association des climato-réalistes.

Par Benoît Rittaud

"La fin du Gulf Stream, l’hiver polaire en Europe", proclame le magazine en exhibant sur sa couverture un ours polaire devant le Mont Saint-Michel. L’argument est ancien, il a été popularisé, il y a une vingtaine d’années, dans un film hollywoodien de Roland Emmerich, le Jour d’après : en provoquant la fonte des glaces polaires, le réchauffement climatique modifierait la salinité des courants océaniques jusqu’à affaiblir, voire stopper, le fameux Gulf Stream, qui apporte des eaux chaudes sur le littoral européen et lui assure son climat tempéré.

Sortons de la salle de cinéma pour regarder les choses un peu plus attentivement. Sur quelles bases s’appuient les " 44 scientifiques " qui, selon Sciences et Avenir, tirent une énième fois la sonnette d’alarme ? Récente, l’observation quantitative de l’Atlantic meridional overturning circulation (Amoc, la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique, dont dépend le Gulf Stream) n’apporte guère d’eau au moulin alarmiste. Selon le dossier du magazine lui-même consacré à la question, il y a eu une diminution observée sur dix ans, suivie d’une augmentation ! Une autre étude citée évoque, elle, une baisse tendancielle qui s’étale… sur un millénaire, donc pas vraiment de quoi incriminer nos véhicules thermiques. Comme toujours, tout n’est que conditionnel, les énormes incertitudes servant de moyen commode pour suggérer qu’“il se pourrait”, et autres “si cela arrivait, alors”.

Études en sens inverse

De façon regrettable, le magazine ne mentionne pas deux autres études sur le même sujet, publiées coup sur coup en janvier et février 2025 dans la revue Nature. La première (Terhaar et al.), propose une analyse critique des données disponibles ainsi qu’une reconstruction de l’Amoc dans une certaine zone (à 26,5° de latitude nord). Son résultat principal est qu’aucun affaiblissement n’est constatable sur la période considérée, qui s’étale de 1963 à 2017. Encore plus affirmative, la seconde (Baker et al.) insiste sur la résilience de l’Amoc. En détaillant les mécanismes sous-jacents dans la circulation océanique, cette étude indique qu’un effondrement est "improbable au cours de ce siècle" — manière polie de rappeler que le Jour d’après n’est rien de plus qu’un film.

On a donc ici affaire à un nouveau cas d’école d’exagération, résultat d’une alliance entre une partie des scientifiques et des journalistes. Aux premiers, qui hypertrophient la fiabilité de certaines de leurs prévisions statistiques, se joignent les seconds, qui prennent confortablement pour acquise la survenue de telle ou telle catastrophe pour déployer les scénarios apocalyptiques qui en découleraient. À ce jeu tout le monde est perdant, et avant tout le citoyen.

 

P.S.: Je laisse la responsabilité de ses dires à l'auteur (NDLR)

09:25 | Tags : opinion, politique, sience, société | Lien permanent | Commentaires (0)