Le Carême n’est pas le ramadan des chrétiens (04/03/2025)

Le Ramadan 2025 ou jeûne annuel a commencé le Samedi 1er Mars d’après le Conseil Français du Culte Musulman. Il s’achèvera le samedi 30 Mars par la petite fête, ou fête de fin du jeûne, l’Aïd es-Seghir. La grande fête, le Sacrifice du mouton, aura lieu 70 jours après, l’Aïd el-Kebir.

La religion musulmane se présente comme la religion d’Abraham continuée, rénovée, et rétablie. Abraham, personnage de l’Ancien Testament, dans la Genèse, un des principaux patriarches du judaïsme et du christianisme, ancêtre des peuples hébreu et arabe, correspond au personnage Ibrahim du Coran.

Les devoirs primordiaux du Musulman (ce mot signifie croyant) sont l’Islam, c’est-à-dire la soumission à la volonté divine, et la foi, c’est-à-dire aimer Dieu de toute son âme.

La doctrine n’est pas entièrement originale, car Mahomet emprunte beaucoup à la religion juive. Cinq obligations rituelles sont les piliers de l’Islam. L’essentiel du dogme tient en cinq prescriptions fondamentales, les arkan ad din, c’est l’origine du mot français arcane, c’est-à-dire les pierres angulaires de la religion. L’Islam est une religion peu compliquée, adaptée aux besoins des fidèles, dépourvue de métaphysique profonde, et qui énonce des obligations précises:

La profession de foi est le tachahhod, le témoignage, formule d’agrégation à l’Islam.

Le culte se résume en un seul office, la prière, cinq fois par jour, soumission devant le créateur.

Le jeûne reprend une coutume juive.

Le pèlerinage à La Mecque doit être accompli au moins une fois par le croyant au cours de sa vie.

L’aumône légale est une sorte de purification. C’est le sens propre de son nom arabe: zakat.

À ces cinq pratiques, on peut ajouter la guerre sainte, le djihad.

Le jeûne annuel a lieu au mois de Ramadan, neuvième mois de l’année lunaire, qui n’est pas fixe et se déplace progressivement dans le cadre de l’année solaire. Car les douze mois lunaires marqués par les phases de notre satellite ne font pas au total un nombre de jours coïncidant avec la révolution de la terre autour du soleil.

Le jeûne consiste en une abstinence totale de nourriture, liquide ou solide, depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Cette interdiction porte également sur le tabac, sur la salive. C’est pourquoi des fidèles crachent par terre. Elle concerne aussi les rapports sexuels.

Pendant les vingt-neuf jours du Ramadan, l’abstinence totale de nourriture, de boisson, de tabac et d’excitation sexuelle est imposée au croyant, de l’aube au crépuscule.

Ce jeûne est une obligation importante que la pression sociale fait respecter jalousement. Mais il existe des exceptions prévues en faveur des malades, des femmes enceintes, des nourrices, des enfants, des vieillards, des voyageurs partis avant l’aube et des travailleurs de force, des interventions médicales: injections non nutritives, aérosols et inhalateurs pour asthmatiques, endoscopie digestive, dialyse rénale.

L‘ingestion de nourriture, de boissons et assimilés, les rapports intimes, les relations sexuelles, invalident le jeûne.

Pour qu’un acte annule le jeûne, trois conditions doivent être réunies: la connaissance de l’interdiction, l’absence d’oubli, le consentement volontaire, autrement dit la conscience et la volonté de l’acte.

La 27e nuit est marquée par des cérémonies: c’est la nuit du Destin au cours de laquelle Allah inscrit sur son grand Livre le sort de chaque être humain pour la prochaine année. Le jeûne se termine avec le mois, c’est-à-dire au moment où la nouvelle lune se lève dans le ciel.

Pendant le jeûne, toute activité diurne est pratiquement suspendue. Au contraire, la vie nocturne est intense.

En dehors du Ramadan, tout fidèle doit s’abstenir en permanence de boire de l’alcool, et de consommer de la chair d’animaux "impurs" (porc, chien, bêtes rampantes, animaux qui ne sont pas tués rituellement par égorgement).

Dans le catholicisme, le Carême, dérivé du latin quadragesima, quarantaine, désigne les quarante jours avant Pâques. C’est une période liturgique de purification qui s’étend du Mercredi des Cendres à la veille du Vendredi Saint, d’une durée de quarante jours, un peu plus en fait, en référence aux quarante jours passés par le Christ à jeûner dans le désert, aux quarante ans passés par les Hébreux dans le désert. Cette année 2025, du Mercredi 5 Mars au Jeudi 17 Avril.

"Alors Jésus fut emmené au désert par l’Esprit, pour être tenté par le Diable. Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim. Et s’approchant le tentateur lui dit: "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains". Mais il répondit: "Il est écrit: Ce n’est pas de pain seul que vivra, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4, 1-5)

Pour les catholiques, le Carême est un temps de pénitence qui rappelle le temps passé par Jésus au désert avant sa vie publique.

Au Moyen Âge, les combats de Carême et de Charnage, la chair dans tous les sens du terme, sont des sujets traités par la littérature française. Dans le Quart Livre, de 1552, Rabelais reprend le thème avec le personnage allégorique de Quaresmeprenant, qui incarne l’ascétisme triste face à la joie de vivre des Andouilles.

Le premier dimanche de Carême, un feu de joie était allumé. "Le peuple allumait des feux, dansait à l’entour, et parcourait les rues et les campagnes en portant des brandons ou des feux allumés".

Pendant le Carême, les prédicateurs prononcent des sermons dont les plus célèbres sont ceux de Bossuet à Paris, devant des assistances variées.

Dans le Combat de Carnaval et Carême, en 1559, Pieter Bruegel représente une lutte entre Mardi Gras, Carnaval, adieu à la viande, et le Mercredi des Cendres, le Carême où seule la consommation de poisson est autorisée.

Le Carême est un temps de pénitence de quarante jours, institué par l’Eglise pour rappeler le jeûne de Jésus-Christ dans le désert et préparer les fidèles à la joie de la fête de Pâques.

Il commence le Mercredi qui suit la Quinquagésime, le Mercredi des Cendres. Ce jour-là, on impose les cendres aux fidèles pour leur rappeler la pensée de la mort et la nécessité de faire la pénitence. Pendant le Carême, l’Eglise prescrit le jeûne et l’abstinence, la prière et l’aumône. Elle impose deux jours de jeûne strict: le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint: un repas complet dans la journée et deux collations légères.

Le Carême comprend ensuite quatre dimanches: le premier est celui de la Quadragésime, les autres sont dénommés par le premier mot de l’introït de la messe du jour, la procession d’entrée de la messe, une antienne dite ou chantée en grégorien: Reminiscere, Oculi, Laetare.

Le chant traditionnel propre au temps du Carême est l’Attende. La couleur liturgique du Carême est le violet.

Deux semaines avant Pâques, commence le temps de la Passion, qui comprend la semaine de la Passion et la Semaine Sainte. Le Carême s’achève avec la Semaine Sainte qui célèbre les derniers jours de Jésus avant sa résurrection. Dimanche des Rameaux: commémoration de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Jeudi Saint: institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce lors de la Cène. Vendredi Saint: méditation sur la Passion et la Crucifixion du Christ.

Samedi Saint: jour de silence et d’attente. Dimanche de Pâques: triomphe de la vie sur la mort, résurrection de Jésus-Christ.

Le Carême s’inscrit dans le cycle liturgique, ascension progressive vers Dieu, commémorée tout au long de l’année liturgique: Avent, quatre semaines avant Noël; Noël; Temps ordinaire, jusqu’au Mercredi des Cendres: Carême, dure quarante jours; Temps pascal, dure cinquante jours. Reprise du Temps ordinaire.

Les " piliers de l’Islam " n’ont pas varié. Pour les Musulmans les moins évolués, pour ceux qui connaissent à peine le Coran, il existe ainsi des marques tangibles de l’appartenance au groupe.

En même temps qu’une foi et une sécurité profondes, l’Islam donne une espèce de cadre permanent pour l’existence.

Entre tous les Musulmans, il existe donc des liens profonds qui naissent de la similitude des rites accomplis.

L’Islam laisse peu de place à l’interprétation libre. La meilleure traduction du mot Islam serait "soumissio ", ou mieux encore  remise à Dieu".

Le croyant se confie entièrement aux mains d’Allah. Du fait qu’il confesse son nom, il entre dans la communauté. Pour les Musulmans, la distinction entre  Croyant " et "non Croyants" est parfaitement tranchée.

Ainsi, la force de l’Islam est son extrême netteté: il faut d’abord croire en dehors de toute spéculation intellectuelle. L’absence de nuances est le caractère dominant des Musulmans. Le Musulman accepte de s’humilier devant Dieu, de reconnaître son entière dépendance.

Le Musulman admet qu’Allah est l’infini, l’inconnaissable. Par cet aveu, il entre dans la communauté des élus et il bénéficie d’une force immense, de la force de Dieu: " Lorsque tu tirais, ce n’était pas toi qui tirais, c’était Dieu ", dit le Coran.

L’Islam affirme la prédestination de toute chose. L’islam signifie l’acceptation absolue de la volonté d’Allah et postule la croyance en la prédestination. La prédestination, doctrine selon laquelle Dieu destinerait chaque homme au salut ou à la damnation. L’Islam utilise la notion de qadar, la fatalité, la volonté de Dieu pour désigner la destinée. Un hadith de Mahomet indique: " Ce que Dieu veut est et ce que Dieu ne veut pas n’est pas".

Un verset du Coran indique: " Et vous ne voulez que ce que Dieu a voulu".

Donc rien n’arrive qui ne soit prévu par le Dieu unique omniscient et tout-puissant. La formule " Mektoub " = c’était écrit exprime ce sentiment auquel se réfère le nom d’Islam. Le destin tient une grande place dans l’islam. Il ne s’agit pas d’une destinée aveugle, mais du dessein de Dieu. En acceptant le destin, le Croyant fait preuve de soumission à Allah.

La soumission a parfois été interprétée comme une invitation à ne rien faire. Puisque tout est remis entre les mains d’Allah, pourquoi s’agiter? Si tout est écrit, si rien n’est laissé à l’homme, à quoi bon l’initiative, l’effort, l’entreprise individuelle?

En fait, les Musulmans sont astreints aux obligations, les "piliers de l’Islam", devoirs imposés à tous les fidèles, devoirs qui contredisent cette tentation du laisser-aller.

Or, le monde moderne requiert la lutte de l’homme aussi bien dans la maîtrise de la nature que dans la maîtrise de soi. Le monde moderne est fondé sur les notions d’évolution et de progrès.

Ainsi, les notions d’évolution, de progrès, de libre arbitre, propres à la civilisation occidentale chrétienne, ne sont pas conciliables avec la Révélation coranique basée sur la prédestination et sur l’involution.

On se retrouve en face de deux hypothèses. Soit l’homme apparaît pour une raison quelconque, est plongé dans l’Histoire sans en avoir conscience, donc ne peut dominer l’Histoire, c’est le règne du destin.

Soit l’homme a été créé par le Dieu de la Bible, ou par une transcendance, et il a un rôle à remplir dans l’Histoire, un rôle eschatologique, des fins dernières. Alors, l’Histoire a un sens, un début et une finalité. L’homme a une responsabilité liée à sa liberté de penser et d’agir. L’homme n’est plus déterminé par le seul destin, le fatum antique, le fatum musulman. L’homme a une destinée. Il n’y a pas d’autre hypothèse.

Selon le christianisme, le libre arbitre a été à l’origine du péché originel. L’homme est donc dans " l’incapacité de se relever sans la grâce de la Rédemption". " La grâce est un don gratuit qui n’élimine pas le libre arbitre, mais coopère avec lui". L’homme a un libre arbitre qui est en lui-même une grâce, et doit accepter la grâce pour s’insérer dans le " plan " divin.

Dieu se donne librement et personnellement à l’homme, par les actes sauveurs qu’il a accomplis au cours de l’histoire. L’histoire n’est pas l’engrenage impersonnel et inéluctable de forces aveugles, mais la succession dans le temps d’actes libres, posés par des personnes. Pour atteindre l’homme, Dieu agit dans l’histoire. L’homme répond à ses initiatives, réagit dans le temps à ses avances. L’histoire du salut n’est pas cyclique, mais linéaire: la descente de Dieu vers l’homme et l’ascension de l’homme vers Dieu ne sont pas successives, mais coordonnées. Il s’agit d’une rencontre, d’une Alliance. L’Eglise ne tourne pas en rond. Elle s’achemine en spirale vers le terme de sa destinée, c’est-à-dire la consommation de l’Alliance dans les cieux.

Au contraire, la conception cyclique du retour à un Age d’Or primordial domine les autres grandes religions.

Les deux jeûnes, Ramadan de l’Islam, Carême du christianisme, ne sont donc pas de même nature, n’ont pas les mêmes finalités, et ne sont pas observés avec la même intensité.

La pratique pénitentielle du Carême a été de plus en plus allégée en Occident, jusqu’à ne plus comprendre aujourd’hui que le jeûne et l’abstinence du Mercredi des Cendres et du Vendredi Saint. Mais l’Eglise invite à faire de cette période une retraite spirituelle où l’effort de méditation et de prière, à l’école de la liturgie, doit être soutenu par un effort de mortification dont la mesure est laissée à chacun, à partir de ce minimum.

Le chrétien doit se déprendre des choses et de lui-même pour se tourner vers le Don de Dieu, et par là, retrouver la vraie fin de l’existence humaine.

Le Carême présente donc pour les chrétiens un aspect principal d’intériorité personnelle. Mais il a aussi un aspect social. Il veut conduire à une appartenance plus profonde au peuple de Dieu, ainsi qu’à l’exercice de la justice et de la charité.

PS. Il ne s’agit pas ici d’opinion, mais d’un exposé de faits et de croyances.

Jean Saunier

 

P.S.: Je laisse la responsabilité de ses dires à l'auteur (NDLR)

08:19 | Tags : actualité, soci&té, histoire, politique, religion | Lien permanent | Commentaires (0)